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#E15 - Fernande Herduin, née Nivoix, par Clotilde Hesme - FR

"Se battre, même après la guerre"

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Season 1, episode 15
4 min / Published

Fernande Herduin

"Se battre, même après la guerre"

C’est maintenant un paysage lunaire qui définit la zone des anciens combats devant Verdun. Une nature morte, parsemée de trou d’obus, de barbelés et d’anciennes constructions humaines désormais en ruines. Au milieu de ce décor se tient une femme seule, le regard balayant les environs, à la recherche du village martyr de Fleury-devant-Douaumont.

Mais Fernande Herduin n’en croit pas ses yeux : il ne reste plus rien, pas même une pierre témoignant de l’emplacement d’une maison. Impossible d’affirmer que, jadis, un village était érigé à cet endroit. C’est pourtant ici qu’elle souhaite se recueillir, sur le lieu où son mari est tombé sous les balles françaises. Il s’agissait du sous-lieutenant Henri Herduin, du 347e Régiment d’Infanterie, fusillé pour l’exemple...

Lui et son régiment se trouvaient aux abords de la ferme de Thiaumont depuis le 5 juin 1916. Mais le 8, de violents bombardements et une puissante attaque allemande sont venus à bout de la résistance des Français. Le régiment d’Herduin est décimé, ne laissant qu’une poignée d’hommes, bien trop peu pour tenir tête à l’ennemi. Dans cette situation, Henri Herduin et son homologue, le sous-lieutenant Pierre Millant, décident qu’il est plus prudent de se replier sur Verdun. Et ce, malgré l’opposition d’un capitaine d’un autre régiment, qui les somme de retourner en ligne. Avec la quarantaine d’hommes exténués qu’il leur reste, Herduin et Millant se présentent le 9 juin au matin à la caserne Anthouard, en omettant de faire un rapport sur leur situation. Aux yeux de la hiérarchie militaire, ce repli sans ordre est assimilé à de l’abandon de poste. Une faute grave, qui ne peut être sanctionnée que par la peine de mort. Henri Herduin et Pierre Millant sont fusillés sans jugement le 11 juin, au bois de Fleury.

Depuis ce jour, Fernande Herduin s’est faite la promesse de réhabiliter son mari. Dès la paix revenue, elle amorce son difficile combat contre une hiérarchie militaire couverte par une grande partie de la classe politique. Appuyée par un avocat et par la ligue des Droits de l’Homme, elle porte plainte pour assassinat contre le colonel Bernard, l’officier qui a directement ordonné l’exécution de son mari. Sans succès... En avril 1921, deux députés communistes, Berthon et Morucci, prennent cause pour Madame Herduin. Celle-ci porte plainte pour diffamation contre un journaliste qui, comble de l’ignominie, a sali l’honneur de son défunt mari. Cette fois-ci, elle obtient gain de cause. 

L’affaire devient publique et est relayée par des articles dans des journaux tels que « Le Progrès civique » et « l’Humanité ». Le nom du colonel Bernard, mais également des généraux Boyer et Lebrun, officiers supérieurs associés à l’exécution, sont désormais publiquement mis en cause. La classe politique commence alors à plier. En novembre 1921, le ministre Louis Barthou reconnaît l’injustice dont a été victime son mari, mais il ne peut pour autant faire réviser l’affaire. Au début de l’année suivante, victoire : le ministre des pensions André Maginot accorde définitivement le statut de « mort pour la France » aux sous-lieutenants Herduin et Millant.

En 1924, à l’initiative de la Ligue des Droits de l’Homme et du député Berthon, le parlement adopte une loi qui proclame innocents les soldats exécutés sans jugement. Derrière cette loi, c’est tout le combat porté par Fernande Herduin qui est enfin reconnu. La voie de la réhabilitation est désormais ouverte pour les deux sous-lieutenants de Fleury, une réhabilitation qui est officiellement obtenue le 20 mai 1926.

Aujourd’hui, Pierre Millant est enterré à la nécropole nationale de Fleury, dans la tombe n°6177. Henri Herduin est, quant à lui, inhumé dans sa ville d’origine de Reims. Fernande Herduin, quant à elle, est décédée en 1954. 

En souvenir de ces deux fusillés de Verdun, une stèle commémorative leur rend hommage dans le village détruit de Fleury-devant-Douaumont.

 

#DestindeVerdun, un podcast écrit et produit par l'équipe du Mémorial de Verdun : Nicolas Czubak, Quentin Poulet et Charles Poisson

Adaptation des textes pour l’audio : Delphine Peresan-Roudil et Florence Guionneau-Joie

Voix-off : Clotilde Hesme

Musique originale et fonds sonores : Christian Holl et Hicham Chahidi

Réalisation : FGJ/Art Expo - Post-production : Plissken Production - Enregistrement : Hope So Production 

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DESTINS DE VERDUN
Des histoires à hauteur d'Hommes plongés dans la grande Histoire
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