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#E17 - Eugène Bullard, par Ibrahim Koma - FR

"Tout sang coule rouge"

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Season 1, episode 17
4 min / Published

Eugène Bullard

"Tout sang coule rouge"

New York, 1960. Dans l’immeuble, personne ne fait plus vraiment attention au vieux garçon d’ascenseur, Eugène Bullard. Pourtant, il y a quelques mois, le président Charles de Gaulle l’a qualifié de « véritable héros français », et l’a fait décorer de la Légion d’honneur. Tout ceci lui a fait chaud au cœur, même si, aux yeux de ses compatriotes, cet afro-américain de 65 ans reste un parfait inconnu. Pourtant, sa vie a été tout sauf ordinaire !

En 1912, le jeune homme a fui la misère et le racisme de l’Amérique ségrégationniste pour rejoindre le vieux continent. Après avoir connu de nombreux petits métiers, il est devenu boxeur. Et c’est ce sport qui lui a permis de découvrir la France, ce pays qui le fascinait tant depuis son enfance. Un pays où le racisme est certes présent, mais qui n’empêche pas blancs et noirs de se côtoyer.

Bullard est à Paris lorsque la guerre éclate, à l’été 1914. Par francophilie, il s’engage dans la Légion étrangère. Il connaît les combats d’Artois et de Champagne, avant de rejoindre le 170e RI à la fin de l’année 1915. Il se retrouve engagé à Verdun, où il est grièvement blessé en mars 1916, alors que la lutte fait rage pour la possession du village de Douaumont. 

Bien que rendu en partie invalide par sa blessure à la jambe, Eugène souhaite toujours servir sa patrie d’adoption. Il intègre alors le service aéronautique. Au printemps 1917, il est breveté pilote et retrouve le ciel de Verdun quelques mois plus tard. Sur le fuselage de son appareil, il fait inscrire : « All blood runs red » : « Tout sang qui coule est rouge », rappelant à ses amis et ses ennemis que tous, quelles que soient leurs origines, sont égaux face à la mort. Il abat deux avions, mais ses victoires ne sont pas homologuées, faute de témoins.

1917, c’est aussi l’année où son pays natal rejoint le conflit. Le gouvernement américain a demandé aux aviateurs yankees engagés volontaires dans l’armée française d’intégrer le service aéronautique de l’oncle Sam. Eugène Bullard ne s’y est pas soustrait. Mais le médecin en charge du recrutement des pilotes, le Docteur Gros, s’y est opposé. Pour lui, un homme de couleur ne saurait piloter un appareil, et encore moins commander des subalternes blancs… Profitant d’un incident opposant Bullard à un officier français, Gros le fait interdire définitivement de vol. Eugène termine la guerre dans les services arrière du front, dans le Puy de Dôme.

La paix revenue, Bullard reste en France où il fait carrière dans la musique, à une époque où le jazz emporte tout sur son passage. Faisant fortune, il acquiert un club, puis un bar, dans lequel il côtoie des célébrités comme Joséphine Baker ou encore Louis Armstrong.

Lorsque le second conflit mondial éclate, Eugène Bullard a 45 ans. Il s’engage à nouveau dans l’armée française. Dans la débâcle du printemps 1940, il est blessé dans l’Indre, mais réussit à retourner aux États-Unis avec l’aide du consulat américain de Bordeaux.  Outre-Atlantique, il milite pour la France libre par le biais de l’organisation « France Forever ». Mais il retrouve les petits boulots, rattrapé par la ségrégation et les violences racistes qu’il a fuies dans sa jeunesse. Le conflit terminé, il fait le choix de rester aux États-Unis, ses deux filles y étant établies.

En 1961, le vieux garçon d’ascenseur, jadis héros de guerre, s’éteint dans l’indifférence générale. Il est inhumé dans sa tenue de légionnaire, dans le carré des anciens combattants français du cimetière de Flushing, dans le Queen’s. Ce n’est que 33 ans plus tard que son pays natal lui rend enfin hommage, par la voix de Colin Powell, alors chef d’État-Major de l’armée américaine.

Il nomme de manière posthume Eugène Bullard au grade de sous-lieutenant, ce qui lui avait été refusé en 1917…

 

#DestindeVerdun, un podcast écrit et produit par l'équipe du Mémorial de Verdun : Nicolas Czubak, Quentin Poulet et Charles Poisson

Adaptation des textes pour l’audio  Delphine Peresan-Roudil et Florence Guionneau-Joie

Voix-off : Ibrahim Koma

Musique originale et fonds sonores : Christian Holl et Hicham Chahidi

Réalisation : FGJ/Art Expo - Post-production : Plissken Production - Enregistrement : Hope So Production

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DESTINS DE VERDUN
Des histoires à hauteur d'Hommes plongés dans la grande Histoire
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