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Le regard de culpabilité

Petit point sur le fameux regard de culpabilité

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12 min / Published

Pour ce septième épisode, dans la lignée des signaux d'apaisement, on va parlé du regard de culpabilité ! Qu'est-ce que c'est ? Dans quel contexte est-il présent ? Quels sont en réalité la signification de ces comportements ? J'essaie de répondre brièvement à toutes ces questions ! Toutes les informations sur la page instagram (comportement.canin) et sur le groupe facebook privé consacré : dans la tête des chiens-podcast. Retranscription complète et références sur comportementcanin.blog. Podcast produit par Alice Mignot, accompagné de la chanson Naya de HaTom et du graphisme de abck.

Show notes

Bonjour et bienvenue sur le podcast dans la tête des chiens, un moment unique pour en apprendre plus sur votre chien et enrichir votre relation avec lui. Dans cet épisode on parlera du fameux regard de culpabilité. Le but étant de faire un point sur ses caractéristiques et son utilité. Ce n’était pas prévu dans cet ordre mais je me suis dit que cet épisode va très bien dans la lignée des signaux d’apaisement ! D’autant plus que je lis énormément de posts en ce moment sur des chiots qui testent, de la vengeance et le fait que le chien comprenne qu’il a fait une connerie. Cet épisode sera l’épisode scientifique et pratique en même temps. Je reprendrais majoritairement ce que j’ai déjà dit sur le blog mais je vais approfondir avec des études scientifiques puisqu’il y en a quelques-unes sur le sujet !

🐥Bonne écoute !

Il y a quelques jours, je zonais sur facebook et j’ai vu un post où une nana expliquait que son chien comprenait qu’il a fait une bêtise. Elle était même fière que son chien détourne le regard et se cache quand elle l’engueulait. Il y a quelques années, je croyais encore à ce concept et je regardais les vidéos de gens qui engueulent leur chien qui se fait tout petit parce qu’il sait qu’il a fait une connerie en riant. Alors non, je ne suis pas sadique mais à l’époque, je ne voyais pas le problème. Maintenant j’ai compris que ça ne sert à rien d’engueuler son chien, que les chiens ne se font pas petits et surtout, un chien n’a pas conscience qu’il fait ou a fait une connerie. Nous allons donc voir ce qu’on entend par « regard de culpabilité » et ce que c’est en réalité.

Alors attention, je vais consciemment utiliser le mot « bêtise » ici, car c’est un mot très commun dans le vocabulaire mais je l’emploierais au sens de « le chien fait ou a fait quelque chose qui ne convient pas à son humain ». D’ailleurs, là prend tout le sens de la citation de Ian Dubar qui est en entête de mon blog depuis le début : « On fait des règles humaines, on essaie de les plier à ces règles dont ils ne connaissent pas l’existence, on les punit pour y avoir désobéi. ». En avançant dans mes connaissances sur le comportement canin, j’ai compris que ce qu’on appelle une bêtise n’en est pas vraiment une, c’est quelque chose qui ne correspond juste pas à nos règles d’humains : ne pas faire caca au milieu du salon, ne pas tirer en laisse, ne pas bouger quand on décide de parler à notre voisin sur le trottoir, ne pas décharger quand on est seul plus de 8h etc. etc. oula « ne pas, « ne pas, « ne pas »…

Bref ! Revenons à nos moutons. Pourquoi parle-t-on de regard de culpabilité ? Quand le chien fait une tête de coupable où on a l’impression qu’il sait qu’il a fait quelque chose de mal. Cela est lié au fait que les humains et surtout les petits enfants quand ils savent qu’ils ont fait une bêtise adoptent un comportement particulier dans le but de ne pas rompre la relation sociale, c’est déjà une forme d’excuse où ils font une tête mignonne (plus ou moins mignonne selon le type d’humain). MAIS je ne le répéterais jamais assez : nous ne sommes pas des chiens et les chiens ne sont pas des humains. Ceci est donc du pur anthropomorphisme qui est la tendance à attribuer les sentiments, les passions, les actes, et les traits de l’homme à ce qui n’est pas homme ! Donc ici, « l'anthropomorphisme comprend la suggestion que non seulement les chiens ont un regard coupable, mais que cela indique que les chiens se sentent coupables ou se rendent compte de leur méfait s'ils ont fait quelque chose de mal, d'inapproprié, de mis en garde ou qui viole de toute autre manière un code de comportement établi » (Horowitz, 2009). Mais ne vous inquiétez pas si vous pensez comme ça, une étude a mis en avant que 74% des propriétaires de chiens et 36% des propriétaires de chevaux, attribuent de la culpabilité à leurs animaux (Morris et al., 2008), c’est donc plutôt commun !

Il n’y a pas de consensus scientifique sur ce regard de culpabilité mais la plupart des recherches convergent sur le fait que la culpabilité est une émotion trop complexe pour le chien. Ici, on ne va donc pas parler du fait que le chien puisse ressentir de la culpabilité ou non mais si ce regard s’applique uniquement quand le chien a fait une bêtise ou s’il le fait même quand il n’a rien fait. En effet, ce regard serait le regard de la culpabilité s’il faisait suite à une transgression consciente...

Que dit la science ?

La première étude date de 1977 (Vollmer, 1977), ce chercheur a fait une étude de cas sur une chienne appelée Nicki. Il a donc demandé au propriétaire de Nicki de déchiqueter du papier puis de laisser sa chienne avec ce papier. Même si la chienne n’a donc pas commis de « faute », elle affichait un comportement « coupable » alors qu’elle n’avait pas déchiqueté le papier. Comme le résume Julie Hecht (Hecht, 2012), « ceci montre donc que le comportement de « culpabilité » de Nicki est en réalité est une réponse conditionnée provoquée par la présence de son humain et que le stimulus signalé pour lequel la chienne a déjà été grondée, n’est pas provoqué pas un sentiment interne de « j’ai fait quelque chose de mal » ».

En 2012, Julie Hecht est partie du constat que les propriétaires de chiens affirment que leurs réprimandes ne sont pas à l’origine du « regard coupable », puisqu’ils ne savaient pas que le chien avait fait une bêtise et donc ne l’avaient pas réprimandé. Elle a donc mené une expérience où de la nourriture était placée sur une table avec l’interdiction pour les chiens d’y toucher. Ensuite, les chiens étaient laissés seuls dans la pièce avec la nourriture, puis le propriétaire revenait. L’analyse portait sur la façon dont les chiens accueillaient leur propriétaire qu’ils aient mangé la nourriture (« désobéi ») ou non (« obéi »). Les résultats montrent qu’il n’y avait pas de différence dans l’expression du “regard coupable” entre les chiens qui avaient désobéi ou non et que les propriétaires ont été incapables de déterminer si leur chien avait désobéi ou non, en se basant uniquement sur le comportement de leur chien. Peu importe s’ils ont transgressé la règle ou non, les chiens expriment un « regard coupable » lorsqu’ils accueillent leur propriétaire. Mais aussi que l’expression du « regard coupable » ne signifie pas, que le chien sait qu’il a désobéi.

En 2009, Horowitz (Horowitz, 2009) s’est intéressée à savoir si les chiens exprimaient des comportements associés à la culpabilité lorsqu’ils avaient désobéi ou si le fait d’être réprimandé par leur propriétaire déclenchait l’expression d’un « regard coupable ». Elle a donc enregistré le comportement de 14 chiens qui étaient laissés dans une pièce avec de la bouffe, certains étaient autorisés à manger, d’autres non. Quand le propriétaire revenait dans la pièce, il était parfois correctement informé de ce qu’avait fait son chien et parfois informé de manière incorrecte et on leur demandé soit de disputer leur chien soit de le féliciter. Les résultats n'ont révélé aucune différence dans les comportements associés au regard coupable que les chiens aient désobéi ou non. En revanche, ces comportements étaient plus nombreux dans les essais où les propriétaires grondaient leurs chiens peu importe qu’ils aient obéi ou non. L'effet de la réprimande était plus prononcé lorsque les chiens étaient obéissants, et non désobéissants. Ces résultats indiquent donc que les chiens ne comprennent pas quand ils ont fait une « bêtise » et que le regard coupable est une réponse aux signaux du propriétaire plutôt que comme une appréciation d'un méfait.

(Ostojić et al., 2015) sont partis du fait que les propriétaires de chiens affirment qu’ils peuvent dire si leur chien a fait une bêtise ou non à leur façon de les accueillir (greeting behavior en anglais) . Ils ont donc fait leur expérience autour de : 1) est-ce que les chiens mangeaient ou non un aliment «interdit» et 2) si la nourriture était visible au retour des propriétaires. Les résultats montrent que les comportements d’accueil des chiens n’étaient pas affectés par leur propre action ou par la présence ou l’absence de nourriture. Ainsi, leurs résultats ne soutiennent pas l’hypothèse que les chiens montrent le «regard coupable» en l’absence d’une réaction négative simultanée de leurs propriétaires ». Cependant, cela peut-être lié à un conditionnement sur du plus long terme à la façon dont leur humain se comporte.

DONC

Les chiens ont plutôt tendance à montrer des comportements s’apparentant à un regard coupable et particulièrement s’ils ont l’habitude de se faire réprimander. Les chiens ne sont pas conscients qu’ils aient fait une bêtise ou non, ils ont juste l’habitude de votre façon de réagir. En effet, ces études suggèrent que c’est plus du conditionnement face à la réaction de leur humain que quelque chose s’apparentant à de la culpabilité.

En exemple plus concret : Je gronde mon chien quand il fait pipi à la maison. Il fait pipi quand je suis absente. Quand je rentre vu qu’il a fait l’association pipi dans la maison = humain pas content, il va m’envoyer ce fameux regard de coupable. Alors qu’au contraire, si mon chien sait que je m’en fiche qu’il fasse pipi dans la maison parce que c’est de ma faute et que je ne l’ai pas assez promené. S’il fait pipi, il me fera la fête quand je rentre et en aura clairement rien à faire de sa « bêtise ». C’était notre cas avec Eliott quand il a eu quelques accidents où au début je l’ai grondé puis j’ai compris que ça ne servait à rien. Je peux vous dire qu’après il me faisait la fête même en ayant fait pipi dans tout l’appart. J’ai aussi vécu ça plus récemment avec Bocuse. Premier soir à la maison, le pauvre loulou avait le ventre tout retourné. Il a attendu que j’aille prendre ma douche et a fait caca dans la chambre. Quand je suis sortie, il était tout penau, il se faisait tout petit et détournait le regard. Je lui ai dit « bah alors ? » Il a regardé son caca et m’a regardé, encore une fois il a détourné le regard. Je lui ai dit que je m’en fichais royal, j’ai pris ma voix de débile et j’ai nettoyé en continuant de lui parler d’une voix très douce. Depuis ce moment, il a compris que peu importe ce qu’il fait, la conséquence sera neutre tant qu’émotionnellement je tiens.

Et d’ailleurs, plus que votre réelle réaction, votre chien sent votre état émotionnel. Ils n’ont pas forcément besoin que vous parliez ou que vous leur disiez que vous n’êtes pas content, ils se basent sur votre communication non verbale qui, croyez-moi, est un livre ouvert de vos émotions.

Alors, qu’est-ce donc que ces comportements ?

Quand un chien fait le regard coupable, « il évite le contact visuel, se couche et roule sur le côté ou le dos, baisse la queue qui frétille rapidement, garde les oreilles et la tête basses, s’éloigne de son maitre et se lèche les pattes » (Horowitz, 2009). Si vous avez écouté les 2 épisodes précédents, ça doit faire tilt dans votre tête 😉 Ce sont tout simplement des signaux d’apaisement. Rappelons que ceux-ci sont produits lors d’une situation où le chien est mal à l’aise et visent, entre autres, à montrer à l’autre (humain ou animal) que tout va bien et donc qu’il ne doit pas se montrer agressif. Pour plus d’informations sur ces signaux, je vous invite à écouter les 2 épisodes précédents.

Cette tête mignonne de « culpabilité » est donc en fait un comportement de peur. Oui, le chien voyant son humain pas content a peur des conséquences et il n’essaie pas d’être mignon/de se faire pardonner mais plutôt envoie 3000 signaux d’apaisement pour calmer cet humain qui risquerait d’être violent physiquement ou simplement verbalement.

DONC si votre chien vous fait ces signaux, même si vous pensez encore que votre chien sait qu’il est coupable, ne le poussez pas, vous ne faites que renforcer son mal-être et donc sa peur de vos réactions. Pour rappel, encore, les signaux d’apaisement sont la première base sur l’échelle d’agression donc si vous le poussez malgré ces signaux vous lui montrerez qu’ils ne servent à rien et donc vous risquez d’avoir une bombe à retardement à la place d’un chien par manque d’écoute de ses signaux.

J’en profite pour aborder un autre problème que j’ai vu sur les vidéos d’éducation de certains éducateurs tradis, que je ne citerais pas, qui utilisent également ce regard pour dire « vous voyez là il a compris que vous êtes le chef ». Donc on reprend tout ce qui a été dit avant :  VOTRE CHIEN FAIT CES COMPORTEMENTS PARCE QU’IL VOUS CRAINT. Vous avez adopté un chien pour avoir une bonne relation non ? Pour qu’il vous aime bien et ait confiance en vous ? Evidemment que oui, donc fuyez tout éducateur vous engageant dans une relation de crainte avec votre chien ! Et si votre chien montre des comportements comme ça face à vos demandes, remettez en question votre façon de communiquer avec lui

Pour conclure, les chiens n’ont pas conscience d’avoir désobéi, ces comportements pouvant s’apparenter à de la culpabilité sont une réaction à vos comportements. Plus exactement, si votre chien montre ces signaux c’est qu’il cherche à éviter un conflit avec vous. C’est pour éviter cet inconfort chez le chien qu’en éducation bienveillante on prône l’ignorance des comportements indésirés.

J’espère que cet épisode vous a plut et vous a appris des choses. Je vous laisse avec le prochain épisode qui sortira le mois prochain et abordera un sujet de taille : la dominance !

Je vous souhaite une bonne journée et des caresses (consenties) à vos toutous.

Références

les chiens ressentent-ils la culpabilité ?

Hecht, P. J. (2012). Le « regard coupable » chez le chien. AVA.

Horowitz, A. (2009). Disambiguating the “guilty look” : Salient prompts to a familiar dog behaviour. Behavioural Processes, 81(3), 447‑452. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2009.03.014

Morris, P. H., Doe, C., & Godsell, E. (2008). Secondary emotions in non-primate species? Behavioural reports and subjective claims by animal owners. Cognition and emotion, 22(1), 3‑20.

Ostojić, L., Tkalčić, M., & Clayton, N. S. (2015). Are owners’ reports of their dogs’ ‘guilty look’ influenced by the dogs’ action and evidence of the misdeed? Behavioural Processes, 111, 97‑100. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2014.12.010

Vollmer, P. J. (1977). Do mischievous dogs reveal their" guilt"? Veterinary medicine, small animal clinician: VM, SAC, 72(6), 1002‑1005.

https://www.sciencealert.com/guilty-look-your-dog-is-giving-you-isn-t-actually-guilt-fear -> traduction : Le regard de culpabilité est de la peur en réalité

https://blog.direct-vet.fr/le-regard-coupable-chez-le-chien/

https://www.affinity-petcare.com/fr/les-chiens-a-lexpression-coupable-et-au-mauvais-comportement

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